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Guide · 12 min

Ce que chaque métier a le droit de publier

Ce guide n’est pas un avis juridique. C’est la synthèse de ce qu’on a appris en écrivant la communication de quarante-huit métiers, avec les sources quand elles existent et les limites quand elles manquent.

Presque tous les commerçants et artisans qu’on rencontre publient moins qu’ils ne le pourraient, par peur de mal faire. Et une petite minorité publie des choses qui les exposent réellement, sans le savoir.

Les deux problèmes ont la même cause : personne ne leur a jamais dit où passait la ligne. Voici où elle passe, métier par métier.

Six professions de santé ont vu leur cadre s’ouvrir en 2020

Six décrets du 22 décembre 2020 ont remplacé une interdiction de principe par un cadre. Ils concernent, chacun avec son texte : les chirurgiens-dentistes (décret 2020-1658), les pédicures-podologues (2020-1659), les infirmiers (2020-1660), les sages-femmes (2020-1661), les médecins (2020-1662) et les masseurs-kinésithérapeutes (2020-1663).

Ce que ces textes ouvrent : communiquer au public, par tout moyen et notamment sur un site internet, des informations de nature à contribuer au libre choix du praticien, à savoir ses compétences, son parcours et ses conditions d’exercice. Et diffuser, à visée éducative, des informations scientifiquement étayées sur sa discipline.

Ce qui reste fermé, et c’est là que les gens se trompent :

  • les témoignages de tiers, donc les avis de patients repris comme argument ;
  • la comparaison avec d’autres praticiens ou établissements ;
  • l’incitation à des actes de prévention ou de soin non nécessaires ;
  • tout ce qui porte atteinte à la dignité de la profession ou induit le public en erreur.

La conséquence pratique est contre-intuitive et libératrice : le contenu le plus efficace de ces métiers est aussi le plus conforme. Le déroulé d’une première séance, les tarifs, le remboursement, l’accessibilité du cabinet. Rien de tout cela ne promet quoi que ce soit, et c’est précisément ce qui fait prendre rendez-vous.

L’ostéopathe exclusif n’est pas dans cette liste

C’est l’erreur la plus répandue, et nous l’avions nous-mêmes commise sur ce site avant d’écrire ce guide.

L’ostéopathie exclusive, exercée par quelqu’un qui n’est ni médecin ni kinésithérapeute, n’a pas d’ordre professionnel. Elle n’est donc concernée par aucun des six décrets. Le décret 2007-435 qui l’encadre définit le périmètre des actes, pas la communication.

Ce qui vous encadre, dans ce cas, c’est le code de déontologie du syndicat ou du registre auquel vous adhérez. Et il ne faut pas prendre ces codes à la légère : la Cour de cassation a annulé le contrat de publicité d’un ostéopathe pour objet illicite, en se fondant sur la violation d’un code de déontologie syndical. Un texte non étatique peut donc produire des effets juridiques bien réels.

En pratique, la liste des interdits ressemble à celle des professions à ordre, parfois en plus large. Vérifiez le code auquel vous adhérez avant toute campagne, pas après.

Le vétérinaire a son ordre, et un piège bien à lui

Les vétérinaires disposent d’un ordre national et d’un code de déontologie inscrit au code rural. Le cadre y est plus ouvert qu’on ne le croit : l’Ordre pose que la communication est libre, quel qu’en soit le support, à condition d’être loyale, honnête et scientifiquement étayée.

Ce qui reste fermé est classique : pas de démarchage, pas de comparaison, pas de promesse de résultat, et l’interdiction de la publicité pour les médicaments soumis à prescription.

Le vrai piège est ailleurs, et il attrape surtout les community managers : aucun procédé de promotion commerciale n’est admis. Une remise annoncée, une offre spéciale de rentrée, une carte de fidélité, un jeu concours. Ce sont des réflexes de commerce parfaitement banals sur un réseau social, et ce sont exactement les publications qu’une clinique vétérinaire ne peut pas faire.

Ce point à lui seul justifie qu’on relise le cadre avant de lancer un compte, plutôt qu’après.

Le droit à l’image, et le piège des mineurs

École de danse, salle de sport, club, camping, centre de loisirs : dans ces métiers, la moitié des sujets photographiables sont des enfants.

La règle est simple. Une autorisation écrite, donnée par les titulaires de l’autorité parentale, révocable à tout moment. Ce qui se passe en réalité l’est moins : l’autorisation est recueillie une fois à l’inscription, jamais mise à jour, et une photo ressort trois ans plus tard alors que la famille a changé d’avis, ou a quitté l’école.

Ce qu’on met en place, systématiquement :

  1. Un formulaire de droit à l’image propre, signé à l’inscription, avec une case pour refuser sans avoir à se justifier.
  2. Une relance annuelle, au même moment que le renouvellement.
  3. Et surtout une bibliothèque de contenus utilisables sans visage identifiable : mains, pieds, silhouettes de dos, plans larges, détails de matériel.

Ce troisième point est le plus important et c’est celui qu’on oublie. Sans cette bibliothèque, le refus d’une seule famille bloque toute la communication d’un cours. Avec elle, le refus n’a aucune conséquence, et personne n’a à se sentir coupable de l’avoir exprimé.

Pour les adultes, le principe est le même en plus souple : une autorisation, même par simple message écrit, avant de publier quelqu’un de reconnaissable.

Les avis clients

Demander un avis à un client satisfait est autorisé, recommandé, et beaucoup trop rare. C’est même l’action au meilleur rapport effort sur résultat de tout le commerce de proximité.

Ce qui est interdit, en revanche, relève de la pratique commerciale trompeuse : écrire un avis à la place d’un client, en acheter, en faire rédiger par ses proches ou ses salariés, ou publier une sélection d’avis choisis en la présentant comme l’ensemble.

Un cas particulier mérite qu’on s’y arrête : un professionnel de santé qui reprend des avis de patients sur son site s’expose, puisque les décrets visent explicitement les témoignages de tiers. Les avis restent sur la fiche Google, où le patient les a écrits de sa propre initiative. On ne les rapatrie pas sur le site comme argument.

Ce que votre site doit porter, quel que soit votre métier

Deux pages, non négociables, et c’est la première chose qu’un concurrent regarde quand il veut vous nuire.

Les mentions légales d’abord, imposées par la loi pour la confiance dans l’économie numérique : votre identité, vos coordonnées, votre numéro d’immatriculation, et l’identité de votre hébergeur. Puis une politique de confidentialité, dès lors que le site porte un formulaire, donc dans la quasi-totalité des cas.

S’y ajoutent des mentions propres à certains secteurs. Pour le bâtiment, la loi du 18 juin 2014 impose de faire figurer l’assurance professionnelle, le nom et l’adresse de l’assureur et la couverture géographique du contrat.

Attention à la portée exacte de cette obligation, souvent mal comprise : elle porte sur les devis et les factures, pas sur le site internet. Rien ne vous oblige à afficher votre décennale en ligne. Mais c’est le meilleur argument gratuit du bâtiment, il coûte une ligne, et le particulier qui hésite entre deux artisans le cherche. Faites-le quand même.

Dans le même esprit : le numéro de carte professionnelle pour un agent immobilier, l’information sur les allergènes pour la restauration, l’affichage des prix pour les métiers de service. Vérifiez le détail auprès de votre fédération, qui le publie et le tient à jour mieux que n’importe quel blog.

Les lignes qu’aucune loi n’interdit et qu’on ne franchit pas

Celles-ci ne relèvent d’aucun texte. Elles relèvent du métier, et elles se décident avant le premier tournage, pas pendant.

En bijouterie, on filme l’atelier et les gestes. Jamais les coffres, jamais les stocks, jamais les dispositifs de sécurité, jamais les horaires de livraison. Aucun texte ne l’interdit. C’est simplement une évidence, et elle n’est presque jamais formulée.

Sur un chantier chez un particulier, l’intérieur du client n’est pas votre portfolio sans son accord, même si la photo ne montre que votre ouvrage. Un cadrage serré règle le problème dans la plupart des cas.

Quand le sujet touche à la détresse, la page deuil d’un fleuriste, la page urgence d’un vétérinaire, on écrit avec retenue. Pas de photo appuyée, pas de vocabulaire commercial, pas d’incitation. La personne qui lit ces pages à deux heures du matin cherche une information et une porte, rien d’autre.

La règle qui résume tout

Si vous hésitez à montrer une publication à la personne qui y figure, ne la publiez pas.

Ça règle quatre-vingt-dix pour cent des cas, ça ne demande aucune connaissance juridique, et ça fonctionne dans les quarante-huit métiers de ce site.

Mise à jour le 10 septembre 2026. Ce guide décrit un cadre qui évolue. Il ne remplace ni votre ordre, ni votre syndicat, ni votre fédération, ni un avocat sur un cas précis. En cas de doute sur une publication particulière, demandez-leur avant, ils répondent vite et gratuitement.